Le premier à œuvrer pour Mirmande a été André Lhote qui « découvrit », c’est à dire révéla Mirmande.

Ceci se passe dans le Lot, qu’on prospecte, sur une vielle Ford rescapée de la guerre, que pilote le peintre Bissière. Je cherche partout un village à restaurer, car l’abandon dans lequel la guerre a laissé la campagne française durant quatre années a singulièrement écorné le patrimoine des beautés paysannes, et cela me glace le cœur.
Si chaque artiste consacrait une partie de ce qu’il possède miraculeusement encore à l’achat d’une maison campagnarde et à sa restauration, ce serait du bon travail.
Les vallées du Lot et du Célé fourmillent de villages admirables. Voici, au haut d’un rocher vertigineux dominant le Lot, face à Marcilhac sur l’autre rive, Calvignac où l’on peut acheter les restes d’un petit château pour quelques milliers de francs. J’hésite, mais je renonce, car il pleut trop fréquemment dans ce pays. Il me faut des étés d’une seule pièce, un soleil inusable durant trois mois.
Je descendrai donc plus tard dans la Provence, où je trouverai Mirmande et Gordes, que j’essaierai, avec l’aide de mes élèves et de mes amis, de sauver de la ruine, en attendant leur classement.
Anatole Jakovsky, André Lhote-48 reproductions commentées par le peintre, éditions Floury – Paris, 1947
Dans les années 1920 où André Lhote a fait la « découverte » de Mirmande, le village était quasi abandonné, seuls quelques habitants demeurant dans la partie basse du village. L’exode rural avec la fin de l’industrie de la soie, l’aspect mal-commode de la vie dans des maisons anciennes et difficilement accessibles semblaient avoir eu raison des lieux.


Ainsi, on peut dire qu’André Lhote « sauva » doublement le village.
Bien sûr parce qu’il fut à l’origine des mesures de protections prises qui ont été décisives.Au sortir de la guerre, André Lhote convainc les responsables municipaux de l’intérêt d’obtenir une protection pour le village.
Mais aussi en achetant et faisant acheter nombre de maisons du village par sa famille et parles élèves internationaux de son académie qui ainsi échappèrent à la ruine. En effet, dans cette période les toits étaient enlevés avec un double avantage : les tuiles avaient une valeur marchande et une maison sans toit n’était plus imposable. Ces propriétaires, qu’ils aient ensuite vécu ou non à Mirmande, ont fait déjà beaucoup en permettant le maintien en l’état des maisons et donc de l’architecture d’ensemble du village.
« La vue d’une maison en péril me terrifie. Dès qu’un mur ancien fait mine d’abandonner la verticale, il m’attendrit et m’éperonne. J’avais de quoi être ému dans le vieux Mirmande. »

